Pourquoi dit-on « parler comme une vache espagnole » ?

Pourquoi dit-on « parler comme une vache espagnole » ?

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Parler français comme une vache espagnole, c'est massacrer la langue de Molière.

Quand une personne s’exprime affreusement mal dans la langue de Molière, on dit qu’elle parle français « comme une vache espagnole ». Et ça fonctionne aussi avec l’anglais, l’allemand, etc… Bon, alors on admettra facilement qu’une vache espagnole ne possède que quelques rudiments de notre langue. Mais la question est : une vache « made in France » est-elle franchement plus à l’aise avec la grammaire française que sa collègue hispanique ? Pas sûr. Et si l’expression, qui date du XVIIe siècle, n’avait finalement qu’un lointain rapport avec le bovidé ?

Albert est basque, Iñaki aussi

Différentes hypothèses existent au sujet de cette pauvre vache espagnole. La plus répandue renvoie à une déformation de « parler français comme un Basque espagnol ». A l’époque, « vasque » ou « vasceParler anglais comme un basque espagnols » désignait en effet un Basque. Et logiquement, le Basque de l’autre côté des Pyrénées baragouinait moins bien français que notre Basque à nous, encore que (hé ho, humour, je précise…).

Teresa, hum, Teresa…

Une autre piste évoque une altération du mot « basse », que l’on employait parfois pour désigner une « servante », une « bonne ». Au siècle dernier de nombreuses Espagnoles, au français parfois approximatif, travaillaient à Paris comme femmes de ménage (ces fameuses « femmes du 6e étage » chères à Fabrice Luchini). Parler « comme une basse espagnole » aurait donc dérivé en « comme une vache espagnole » ? Peu flatteur, et peu plausible, même si certaines ne devaient « pas être faciles à traire », comme on dit dans nos campagnes (je sais, ce site va de mal en pis).

Une double vacherie

Mais l’hypothèse la plus probable (et la plus simple) nous vient du « boss », j’ai nommé Alain Rey. Selon le linguiste, il s’agirait juste de l’association de deux termes péjoratifs. En occident, être comparé à une vache n’a jamais été franchement un compliment (meuh !). Et à l’époque où l’expression est apparue, faire quelque chose « à l’espagnole » (= avec brutalité, vulgarité) était une insulte. Dans l’idée de « parler français comme une vache espagnole », il y avait donc la volonté de bien exagérer, en combinant ces deux connotations négatives. Au lait ! Enfin Olé !

Merci à Thomas Tessier pour l’illustration de la vache espagnole. Découvrez son travail par ici.