Pourquoi un mauvais film est-il qualifié de « navet » ?

Pourquoi un mauvais film est-il qualifié de « navet » ?

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Un navet, pratique pour qualifier un film raté. C'est à cause du goût de ce légume, ou plutôt de l'absence de goût, qu'il a donné son nom à une oeuvre sans intêret.

La liste des « navets », c’est-à-dire des films mauvais, ratés, des bonnes séries Z, est quasi-infinie. Sur plus d’un siècle de cinéma, essayer de les recenser de façon exhaustive relève de la gageure. Mais pourquoi ce malheureux légume qui n’a rien demandé sert-il à qualifier les daubes du 7e art ? Tout simplement parce que le navet n’est ni vraiment sucré, ni vraiment salé, juste fade, limite insipide, sans caractère… Et oui, même le végétarien le plus intégriste le reconnaîtra du bout des dents : on prend rarement plus de plaisir à manger un navet qu’à regarder « Les Visiteurs en Amérique ».

De statue parfaite à objet de moqueriesL’Apollon du Belvédère, de Léocharès (IVe siècle av. J.-C.). Cette statue romaine  symbolisait autrefois l'oeuvre parfaite, avant d'être comparée injustement à un navet.

Mais il existe aussi une explication plus culturelle. Elle renvoie à la statue d’Apollon (à droite), attribuée au sculpteur Léocharès. Trônant dans le jardin du Belvédère, à Rome, cette oeuvre a longtemps été considérée comme la perfection même. Mais au XVIIIe siècle, les jeunes artistes français en visite sur place ne trouvaient plus la statue à leur goût. Ils l’estimaient trop lisse, trop blanche, trop allongée, « has been » quoi. Ils avaient même surnommé cet Apollon « le navet épluché ». Jeunes insolents. Cette expression péjorative s’étendit peu à peu à la peinture, au théâtre et à toutes les formes d’art.

Le petit bonus : le « navet » est différent du « nanar », qui est lui aussi très mauvais mais a le mérite d’être distrayant.

Au cinéma, les nanars sont une variante des navets. Un site internet, Nanarland.com, est carrément consacré à ces nombreux ovnis du cinéma.